“Avec ce jeu expérientiel, qu’on avait digitalisé à cause du contexte COVID-19, chacun a pu se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre de moins privilégié ou plus privilégié, et ainsi voir comment nos circonstances de départ déterminent très largement nos opportunités.”

 Kévin Magne


Photo : ©Maonghe.M

Kevin Magne et Fatoumata Cissokho, membres de l’équipe MA1SON d’Article 1

 

Kévin Magne est responsable entreprenariat au sein du programme MA1SON de l’association Article 1. Avec son équipe, il a organisé l’événement “L’éducation et l’orientation, l’affaire de tous” à l’occasion de l’édition 2020 de la Journée Mondiale de l’Égalité des Chances (JMEC). Un événement qui leur a permis de sensibiliser leurs résidents sur les obstacles dans les choix d’orientation à travers le jeu de la Marche de l’égalité des chances, mais aussi de parler du rôle des représentations dans la lutte contre l’autocensure.

 

Peux-tu nous raconter comment s’est déroulée la JMEC ? 

K.M: On a décidé de traiter des questions d’orientation et d’insertion professionnelle grâce à une action en deux temps : un premier pour la compréhension des enjeux, puis un second pour la discussion. 

Dans le premier temps on avait à cœur de pouvoir faire comprendre à nos résidents des éléments de contexte pour qu’ils puissent assimiler un peu les rapports de force qui existent, comme les enjeux posés par les discriminations. Pour cela, on a utilisé le jeu de la Marche de l’égalité des chances qui permet de nous rendre compte qu’on n’a pas tous eu les mêmes chances et le même parcours en fonction de ses origines, de là où on habite, et de nombreux autres facteurs. Avec ce jeu expérientiel, qu’on avait digitalisé à cause du contexte COVID-19, chacun a pu se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre de moins privilégié ou plus privilégié, et ainsi voir comment nos circonstances de départ déterminent très largement nos opportunités. 

Le second temps était une table-ronde avec des résidents alumni qui mènent aujourd’hui des combats sur ces thématiques d’éducation et d’insertion professionnelle pour tous, que ce soit dans leur travail, dans le monde associatif ou en tant qu’entrepreneur. L’idée était d’avoir un panel diversifié pour montrer comment on peut s’engager sur ces sujets, et de faire parler les pairs pour pouvoir inspirer les résidents de la promotion MA1SON actuelle. Une fois leur projet présenté, nous sommes passés à  une partie de questions/réponses et de débats avec les résidents du programme MA1SON. 

 

Comment as-tu mobilisé pour cet atelier ?  

K.M: Nous avons pu compter sur la mobilisation des Ambassadeurs du programme pour sensibiliser les résidents et faire venir d’autres personnes de leur entourage. C’est très important de pouvoir faire en sorte que tout un chacun puisse être acteur de cette journée.

 

Comment avez-vous choisi le format ?  

K.M: Ce qu’on trouvait intéressant dans le digital, et c’est ce qui faisait la spécificité de la JMEC cette année, c’est le fait de pouvoir toucher un public plus large. On a pu proposer une activité commune à nos cinq résidences MA1SON (le programme est implanté dans deux résidences parisiennes et trois en Ile-de-France, NDLR) qui nous à en même temps permis de faire découvrir le dispositif au plus grand nombre.

On a porté une attention particulière sur le fait de pouvoir mixer à la fois une première partie où les résidents pouvaient être dans l’action, puis ensuite un format de discussion plus classique. C’est pour ça qu’on a choisi le jeu de la Marche : dans la version digitalisée,  chacun pouvait “avancer” avec un pion posé sur  un Google Slide partagé.

 

Quel est l’impact de votre événement? 

K.M: D’une part, nous avons sensibilisé les résidents sur le fait qu’ils pouvaient œuvrer au quotidien sur ces questions-là. D’autre part, chaque participant au programme MA1SON en a profité pour parler de son projet de solidarité locale à la fin, et exprimer ses besoins. Il y a des connexions qui ont été faites grâce à ces échanges et c’était pour nous une première petite victoire.  

Mais surtout, en tant qu’ équipe du programme MA1SON d’Article 1, on avait à cœur de montrer à nos Ambassadeurs ce que c’était d’organiser un événement. Cela leur permettra de s’emparer de cette journée pour l’année prochaine…

Quel conseil donnerais-tu pour organiser une JMEC ? 

 

K.M: C’est de pouvoir à la fois inspirer tout en donnant les clés à tous pour s’engager à titre personnel dans son quotidien. C’est important de faire comprendre qu’on peut tous faire notre part, à titre individuel mais aussi et surtout grâce au collectif. C’était important pour nous car ça fait partie de l’ADN de notre programme.

 

En amont, il faut faire en sorte de fédérer et trouver des points de relais qui  diffuseront plus largement l’information. C’était notamment le rôle des ambassadeurs et intervenants pour qui nous avions préparé des visuels faciles à partager sur leurs réseaux. 

Pendant l’événement lui-même, pensez à donner des pistes pour encourager l’engagement après l’événement. Nous avons partagé à chacun des participants la tribune que le collectif Different Leaders a rédigé sur le rôle des entreprises dans la lutte contre les violences policières. Partager sur les réseaux ne prend que 2 min mais si chacun le fait, c’est déjà beaucoup !

 

Que retiens-tu de cette JMEC ? 

K.M: On était surpris du niveau de motivation des participants sur l’orientation et l’insertion professionnelle. Les débats étaient très intéressants, avec parfois des avis assez tranchés. Ce qui fait la force de la JMEC, c’est le fait de pouvoir rencontrer des gens avec des avis différents sur des sujets qui nous animent tous profondément.  

Je retiens surtout beaucoup de bienveillance, de solidarité et même d’amour envers Zinat Nguyen et Pierre Filidabo Amougou qui ont vraiment inspiré les participants. Il y avait beaucoup de témoignages dans le chat, des messages d’encouragement, et ça a donné de la visibilité à leur projet. Rien que pour ça on peut dire que ça a été bénéfique. Ça fait plaisir et c’est motivant de se dire que ces jeunes qu’on a formés hier sur ces questions aujourd’hui font et inspirent les nouvelles générations.